Analysis Economy
Pénurie de dollars au Burundi : pourquoi les importateurs peinent
Le Burundi a fait reculer l'inflation très vite, mais les dollars restent rares. Le FMI juge le taux de change officiel surévalué, et les réserves ne couvrent que 1,6 mois d'importations.
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La pénurie de dollars au Burundi n’a pas disparu, même si l’inflation a reculé très vite. C’est le principal message de l’examen de l’économie par le FMI, achevé le 17 juin 2026. Pour les importateurs, c’est ce qui compte le plus.
Les prix avaient augmenté de 45 % sur un an en avril 2025. En avril 2026, ce chiffre était tombé à 8,6 %. Pourtant, le prix officiel et le prix parallèle du dollar sont restés très éloignés. Les services du FMI ont estimé la prime du marché parallèle à 100 % fin avril. En clair, un dollar coûtait environ deux fois le taux officiel sur le marché parallèle.
Pourquoi les dollars manquent-ils au Burundi ?
La réponse est simple. Le Burundi ne gagne pas assez de devises pour payer ce qu’il achète. Les réserves s’élevaient à environ 213,9 millions de dollars en 2025. Cela ne couvre que 1,6 mois d’importations. La Tanzanie, à titre de comparaison, en détient 4,3 mois. Le FMI prévoit un déficit courant de 5,4 % du PIB en 2026.
Le FMI estime aussi que le taux de change officiel paraît nettement surévalué. Quand le prix officiel du dollar est très inférieur à ce que les acheteurs sont prêts à payer, la demande dépasse largement l’offre. Le taux officiel était d’environ 3 000 francs pour un dollar en septembre, selon les cours publiés par la banque centrale. Ceux qui n’obtiennent pas de dollars à ce taux doivent attendre, ou payer beaucoup plus cher.
Comment la pénurie de dollars touche-t-elle les importateurs ?
Les importateurs ont besoin de devises pour payer leurs fournisseurs. Quand ils n’en obtiennent pas au taux officiel, les commandes prennent du retard, les stocks baissent et les coûts montent. Une entreprise peut afficher une bonne marge sur le papier et se retrouver quand même sans marchandises.
Le carburant montre bien le problème. Le Burundi a besoin d’environ 30 millions de litres par mois, a indiqué un haut responsable du ministère de l’Énergie au magazine Jimbere, et les pénuries durent depuis 2022. Quand le carburant manque, les livraisons ralentissent dans tous les autres secteurs.
Que fait le gouvernement ?
Le Burundi a adopté un Plan de stabilisation macroéconomique en janvier 2026. Il prévoit une réduction des dépenses, une politique monétaire plus stricte, des réformes du change et des changements dans des secteurs clés. Le FMI indique que la banque centrale a cessé de financer l’État. C’est important, car cela retire une source de pression sur les prix.
Les administrateurs du FMI souhaitent que la prochaine étape soit une feuille de route claire vers un taux de change unique et flexible. Ils demandent aussi une attention particulière aux effets sociaux et au budget. Selon les services du FMI, ce passage peut être rapide ou progressif.
L’économie va-t-elle mieux ?
En partie. L’économie a progressé de 4,2 % en 2025, portée par de meilleures exportations de café et d’or. Le FMI prévoit 3,9 % pour 2026. Il s’attend à ce que les réserves montent lentement à environ 500 millions de dollars, soit 2,8 mois d’importations, à moyen terme.
L’inflation pourrait aussi repartir. Les données citées par Trading Economics indiquent 8,4 % en août, mais le FMI prévoit une moyenne de 14,5 % sur l’ensemble de 2026.
Le FMI cite plusieurs risques : des dépenses supplémentaires avant les élections de 2027, une baisse des prix à l’exportation, la hausse du coût du carburant et des engrais, et les répercussions du conflit en RD Congo.
Que peuvent faire les entreprises burundaises ?
- Commandez tôt. Prévoyez de longs délais dans votre plan de stock, et ne comptez pas sur des dollars disponibles à temps.
- Connaissez votre vrai coût. Fixez vos prix selon ce que vos importations vous coûtent vraiment, pas selon le taux officiel.
- Parlez tôt à votre banque. Demandez comment les devises sont attribuées et quels documents il faut fournir. Passez uniquement par les circuits agréés.
- Cherchez plus près de chez vous. Acheter dans la région peut raccourcir les délais. EABD Sourcing vous permet de décrire votre besoin et de comparer les devis de fournisseurs en Afrique de l’Est.
- Pensez à l’exportation. Une entreprise qui gagne des devises est moins exposée. Le café et l’or ont porté la croissance en 2025. Les entreprises de l’agriculture et des mines peuvent y trouver des occasions.
Les 729 entreprises du Burundi présentes sur EABD donnent une idée du marché local. L’hôtellerie et la restauration forment le groupe le plus important, avec 216 entreprises. Elles subissent chaque jour les problèmes de carburant et d’importation.
Que va-t-il se passer ensuite ?
Surveillez toute feuille de route sur le taux de change. Un taux unique serait un grand changement pour chaque importateur, et il pourrait relever le prix officiel du dollar. Surveillez aussi les dépenses à l’approche des élections de 2027. D’ici là, la pénurie de dollars au Burundi devrait rester le principal frein au commerce.

